29/01/2009

J'ai trois amis

J’ai trois amis très chers et dont la qualité
N’est plus depuis longtemps discutée par personne.
Depuis bientôt trente ans, on ne s’est pas quittés
Ils n’ont pas la radio, n’ont pas le téléphone,
Mais j’ai de leurs nouvelles à peu près tous les jours
Ils aiment raconter des histoires, et des bonnes,
Ils viennent me distraire un peu chacun leur tour.

J’ai bien souvent souhaité les connaître un peu mieux,
Apprend d’eux comment on devient admirable,
Déchiffrer peu à peu des secrets dans leurs yeux,
Un soir où par hasard je serais à leur table.
On m’a dit qu’Honoré me ressemblait un peu,
En un mot que j’avais la gueule balzacienne.
J’ai bien souvent rêvé que j’étais son neveu,
Et la chère Eugénie pas cousine germaine.

Ce que j’aurais aimé, c’est aller chez Victor
Place des Vosges, au coin, je connais bien l’adresse,
Lui dire : « Il fait soleil, viens faire un tour rien ne presse ! »
Nous aurions tous les deux arpenté pas à pas
Le boul’vard Beaumarchais en songeant qu’Alexandre
Préparait pour ce soir un superbe repas
Et que ces choses-là sont toujours bonnes à prendre.

Pour me venger un peu de l’époque où je vis
J’ai pour meilleurs amis ces trois grands mousquetaires.
Il est assez mal vu de nos jours par ici
D’avoir pour compagnons des gens qui sont sous terre.
Si le monde a raison, c’est bien doux d’avoir tort
Et je sais, croyez-moi, ce qu’on appelle un homme !
Quand parmi les vivants je n’aurai plus personne,
Il me reste Honoré, Alexandre et Victor.


   Bernard DIMEY

12:54 Écrit par estelle dans Ecrivains | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Quel texte magnifique ! Si l'on aimait encore la langue et la littérature française, si l'on n'avait pas renoncé à les enseigner ce texte serait au programme de toutes les écoles !

Écrit par : GERAY Alain | 01/08/2011

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